03.09.2009

Au-delà

Autant le dire tout de suite. Renoir n’est pas mon peintre préféré.

Enfin, c’est plus compliqué que cela.

Comme tout le monde, j’ai longtemps considéré Renoir comme « le peintre du bonheur ». Le Renoir que nous connaissons aujourd’hui a le parfum du passé. Ou le goût des biscuits offerts par la vieille tante de province, par un dimanche après-midi pluvieux. 

Renoir l’impressionniste, un classique devenu trop classique pour mes goûts plus modernes, voire contemporains…

Oui à Picasso, à Matisse. Oui et re-oui à Kandinsky, à Klee, Bram Van Velde, Kees Van Dongen ou Klein. Oui surtout à Rothko…

 Alors, Renoir, bien sûr, total respect… Mais au-delà…

Au-delà de l’impressionnisme, des à priori et des préjugés, il y un homme résolument ancré dans le XIXe siècle, et pourtant largement tourné vers le XXe.

Un peintre magnifique placé sous le double signe de l’héritage et de la transmission.

D’un côté, son retour aux grands maîtres, Velázquez, Raphaël, le Titien… A la fin de sa vie, bien que reconnu, célébré (le seul peintre à avoir été exposé au Louvre de son vivant), et souffrant, il continue à travailler d’arrache-pied, dans une recherche impossible de perfection. Et de simplicité.

De l’autre, son influence, son écho, sa trace, celle que l’on peut retrouver chez Matisse, Bonnard, Denis, et d’autres encore.

Il existe une photo magnifique de Picasso dans son atelier. Elle date de 1958. Le maître espagnol est au travail, entouré des tableaux qu’il aime. Et qui l’inspirent certainement. Au centre de la pièce, un Renoir. Près de quarante après la mort de Pierre-Auguste, Picasso continue à vivre et à peindre au milieu des œuvres du « Patron ». Il en possédait sept, toute de la période tardive. Celles que nous allons découvrir dans le documentaire que réalise Cathie Lévy, pour France 5, Avro (aux Pays-Bas), le musée d’Orsay et la Réunion des musées nationaux.

 Filmer Renoir.

Un voyage plutôt qu’un portrait.

Ce voyage, pour moi, il a commencé par la visite de sa maison, à Cagnes-sur-mer.

C’était en mars 2008, j’avais eu la chance d’accompagner Sylvie Patry, commissaire de la future exposition du Grand Palais (à partir du 23 septembre prochain) et Isabelle Gaëtan, en charge des études documentaires au musée d’Orsay.

La journée avait été formidable, inspirée par les oliviers du Jardin des Collettes, sa maison/atelier, devenue musée.

Et puis, au détour de la conversation, alors que nous étions sur le point de repartir, Virginie Journiac, la jeune conservatrice du lieu nous a entraîné dans son bureau… Avec de multiples précautions, elle a déplié un paquet, protégé de plusieurs épaisseurs de papier de soie…Un tableau apporté par un vieux cagnois, issu d’une famille qui avait bien connu la famille Renoir…

Une huile de petite dimension, qui figurait un jeune garçon blond, qui ressemblait fortement à Coco, le troisième fils d’Auguste et Aline… Les bras m’en tombent… Un Renoir inconnu, là sous mes yeux… Je suis en train de vivre éveillé un moment incroyable. Une séquence rêvée pour tout documentariste… Et je n’ai pas de caméra pour filmer la scène !!!

 Ce voyage, il va s’achever dans quelques jours, dix-huit mois après cette rencontre inaugurale, une année et demie d’un parcours délicat, difficile, complexe… Un parcours  très heureux qui va se clore à l’issue du mixage de ce film.

Cathie Lévy est en passe de réussir son pari. Montrer la peinture et l’artiste, un homme qui n’a jamais cessé de chercher, de douter, de se remettre en cause… Lui rendre sa place de précurseur à l’instar d’un Cézanne qui lui n’a jamais vu son statut remis en cause.

C’est le fameux docteur Barnes (180 Renoir et 70 Cézanne dans ses collections, excusez du peu !) qui disait ne plus savoir lequel des deux était le plus grand ! Départager Renoir et Cézanne ? Pourquoi faire ?…Il suffit simplement d’accepter que la peinture moderne ait pu avoir deux papas…

J’ai appris à aimer Renoir. J’ai appris à l’aimer à travers les textes de son fils Jean, à travers ses dessins, ses paysages, ses nus magnifiques. Et les revoir hier soir, dans la régie d’étalonnage, retrouver ces œuvres sur un écran haute définition, les redécouvrir enfin après des semaines de montage passées à les observer en qualité altérée, les regarder, simplement restituées dans leurs couleurs, leurs matières… Renoir est finalement le peintre du bonheur !

Alexandre cornu

PS : je n’ai pas eu le fin mot de l’histoire concernant le « petit Renoir » découvert à Cagnes au printemps 2008. Original, copie ? Je peux tout imaginer… Je préfère ne pas savoir et continuer à croire aux contes de fées… Yes, oui Cagnes …

Commentaires

Cher Alexandre, j'aurais aimé vous annoncer le scoop mais les experts se sont montrés prudents sur le petit portrait... Avec mon meilleur souvenir. Continuons de rêver !

Ecrit par : Virginie Journiac | 13.09.2009

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