18.10.2009

J'aurais voulu être un chanteur...

Pour pouvoir chanter le blues du producteur de province, pardon, de Région…
Lorsque le tgv reste bloqué en gare de Lyon, puis de Lyon (saint-exupery),
Puis de valence-TTTLV (train à très très lente vitesse)…

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Fin de semaine éprouvante,
Ponctuée par deux retours très nocturnes,
Mardi dans la nuit,
Fatigue en bandoulière, moral dans les baskets (new balance marrons feuilles mortes, déjà très automnales),

Et puis ce soir vendredi,
Énergie retrouvée,
Malgré la galère partagée avec ces centaines de voyageurs,
Qui téléphonent, téléphonent, et fument sur le quai en espérant le « mesdames et messieurs, regagnez vos places, le tgv va repartir… »
Mon voisin prend des photos avec son iphone :
-    « Il me faut des preuves »
-    « Pour attaquer la SNCF ? »
-    « Non, pour les 40 personnes qui m’attendent à Marseille, ce soir c’est mon anniversaire… »

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Le pauvre n’est pas à la fête…

Le contrôleur nous propose des bons de conso gratuites, c’est chouette, le bar a été dévalisé, plus rien à boire…
Pas grave, ce TGV, je le reprends dans l’autre sens, dés lundi, je pourrais écouler mes bons d’achats…
Départ pour Charles de Gaulle, puis Leipzig…
Je vais rejoindre « Documentary Campus », dernière session de travail pour notre groupe de producteurs « internationaux », je retrouverais Malin Andersson, réalisatrice du beau projet « Truth Teller », le portrait de Jim Porter, qui depuis 1972 se bat pour faire entendre, au sens littéral du terme, la vérité, celle qu’il a captée sur son poste de radio amateur lors d’un dimanche sanglant en Irlande du Nord…
Jim est l’homme du « Bloody Sunday », celui qui a enregistré la preuve irréfutable de la culpabilité britannique, l’ordre de tuer – « Shoot them dead », l’ordre de tirer sur la foule des manifestants, 14 morts, et la chanson culte de U2…

Jim a 89 ans, il n’a pas renoncé à prouver, à faire entendre sa vérité, malgré les pressions, les menaces, il est resté debout…
Cela fait plus d’un an que nous travaillons avec Malin à développer ce projet, et là, en fin de semaine prochaine, nous passerons notre grand oral devant une trentaine de décideurs, des « commissionning editors » des principales télévisions européennes… I’ll cross my fingers !

Sinon, l’actualité des tambours de soie sur ce mois d’octobre n’a pas l’air de vouloir ralentir autant que ce train de malheur :

-    « Renoir, au-delà de l’impressionnisme », de Cathie Lévy est rediffusé par France 5 samedi 24 à 0h35, et tous les jours à 14h30, au Grand Palais, dans le cadre de l’exposition RENOIR,

-    France 5 toujours, Cathie Lévy encore et encore, pour « Rio, la Beauté à tous prix », coproduit par Abacaris films et Quatro Ventos au Brésil, dimanche 25 à 0h05,

-    Les « Villes Mythiques », la collection de quatre films (pour l’instant) de Lise Gabelier, Catherine Catella et Régis Sauder passent sur Voyage tous les samedis de ce mois à 20h40,

-    Et en salles, sur grand écran, à Paris, à Marseille, et ailleurs, le formidable projet de Denis Gheerbrant, corpoduit par les films d’Ici, La République Marseille, 7 films, 6 heures de projection…

Bon, Avignon, Aix... Il va bien finir par arriver ce train qui n'en finit plus de ne pas avancer dans la nuit… « Stranger in the night, Stranger in the night… »
Je fredonne pour garder les yeux ouverts, encore un peu… les paupières sont lourdes, si lourdes…

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Alexandre cornu


08.10.2009

Sept fois Marseille

 

 

 

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Sept fois Marseille…

Nous ne sommes ni dans l’exhaustivité, ni dans le catalogue. Marseille est un sujet formidable et fait partie de ces villes-monde, difficilement cernable d’un seul regard. C’est une entité composite, un agglomérat incroyable de populations diversifiées, qui sont arrivés au fil des siècles pour la constituer telle qu’elle existe. Marseille, c’est historiquement, la ville « honnie », la ville « contre »…

Bien sûr Marseille est indissociable de ce passé, mais c’est le présent qui nous intéresse.  La photographie aujourd’hui d’une cité à l’équilibre improbable et qui pourtant « fonctionne » comme un aimant sur ceux qui l’ont approché.

 La République Marseille sort en salles, à… Paris, et ailleurs ! À Marseille, cela se passe à l’Alhambra, du 7 au 18 octobre, avec une journée exceptionnelle le 10 octobre, en présence du réalisateur, Denis Gheerbrant.

En attendant de découvrir ses films sur grand écran, ou d’acquérir le futur coffret DVD édité par Montparnasse Editions, vous pouvez patienter en « podcastant » Denis sur France Inter, l’émission de Katleen Evin, « L’Humeur vagabonde » du 7 octobre.

 Sept fois Marseille, Denis Gheerbrant en trace un portrait multiple et cohérent, avec la conscience de devoir échapper également au cliché du désormais fameux « cosmopolitisme », oriflamme affiché qui flotte dorénavant sur le Vieux-Port et colle à Marseille comme une seconde peau.

Marseille a ses qualités propres qui en font un objet de fascination qui se suffit à lui-même…

Je cite Denis :

« Filmer Marseille au multiple, c'est aller à l'écoute d'histoires qui s'emboîtent pour former un peuple. Un peuple, c’est-à-dire un récit, un récit aux voix multiples qui racontent ceux qui se sont glissés au centre de la ville, se sont installés autour des usines et dans les campagnes, ont investi les villages et les cités pour donner à la ville son identité. Un peuple, fait de tous les peuples, un peuple qui en Marseille a trouvé un nom. Les strates de l'histoire, inscrites dans la chair de la ville et le cœur de ses habitants, font le récit de cette ville. Marseille en ses quartiers raconte l'histoire d'une cité perpétuellement refondée et ce qui se joue actuellement avec une violence à peine masquée raconte le passage d'une ère à une autre, à sa manière. »

 Denis poursuit Marseille de ses assiduités, depuis près de 20 ans, c’est d’ailleurs-là que nous nous sommes rencontrés en 1991, alors qu’il « tenait la caméra » du documentaire qu’Alain Bergala tournait alors. Son titre « Un rêve inachevé », son objet : Marseille au XIXe siècle.

Nous sommes désormais entré de plain-pied dans le XXIe, à Marseille comme ailleurs, et Denis Gheerbrant s’est décidé à rendre possible ce vieux rêve qu’il caressait : faire de Marseille son « sujet ».

Il s’est lancé dans l’aventure de ce beau projet, complexe et fascinant, et pour nous qui l’avons accompagné (Richard Copans et moi-même), particulièrement excitant à produire.

 Les Films d’Ici ont produit et produisent tous les films de Denis Gheerbrant. Je suis particulièrement fier de les avoir rejoint dans cette aventure et d’avoir été, à mon échelle, l’un des moteurs de cet objet hybride, porté par un auteur que j’admire tout particulièrement, et depuis longtemps.

 Sept  fois Marseille, c’est finalement peu. Je serais volontiers allé jusqu’à cent onze, comme le nombre de villages qui la composent…

 Venez nombreux découvrir cette singulière République  !!!

 Alexandre Cornu

 

20.09.2009

Alain Sabatier

Cher Alain,

Nous nous étions rencontrés, il y a un peu plus de deux ans…

Tu voulais faire des films, « mais pas comme réalisateur, pas tout de suite », tu avais participé à l’écriture de différents documentaires, avec ton complice Philippe, et vous aviez imaginé ce projet plutôt curieux sur « les Parisiens à Marseille ». Tu cherchais un producteur… Cela m’a amusé, je me suis senti concerné (forcément). Et un réalisateur… Alors je t’ai présenté Bernard, et vous vous êtes de suite bien entendus…

Vous avez arpenté la ville, rencontré des amis à toi, des Parisiens, des anciens Parisiens, des Marseillais, Bernard s’est mis à écrire un projet, et toi avec lui, et nous avons embarqué France 3 dans l’aventure…

Ce film n’était pas même encore commencé que tu nous parlais sans cesse du suivant… Cuba… Ta grande histoire, tu voulais faire au moins trois documentaires différents qui mêleraient la musique, les voyages, les amis… Un film sur ce train incroyable qui traverse l’île, un film sur ce cimetière fabuleux, un films sur les enfants déplacés…

Tu étais impatient, insistant, énervant parfois à force d’insistance, mais passionné, déterminé… Nous correspondions beaucoup, je recevais tes petits mots, tes dossiers, tes sms, et je m’en amusais… Tu disais « dans une prochaine vie, je voudrais me réincarner en toi, tu n’es jamais à ton bureau ». Et je te répondais sur le même ton que ta vie n’avait pas l’air mal non plus, toujours en mouvement, un jour à la Havane, le lendemain en Asie…

 Et puis, il y a quelques mois un message anodin :

« Je n’aurai pas Internet pendant 5 jours, si tu veux me joindre… sms »

Et moi de répondre :« tu pars en croisière ? »

Toi « non, check-up hôpital, pleurésie »

Et quelques jours après, toujours par sms « C’est un cancer ».

Nous avons continué à travailler, tu as continué à écrire, à nous ouvrir de nouvelles pistes, à proposer des personnages, des idées de décors. Stéphanie a rejoint l’équipe pour préparer le tournage.

Ce qui avait changé ? Les réunions de production se déroulaient à la Clinique l’Angélus, cela me faisait plutôt bizarre au début, et nous parlions toujours du film, tu voulais filmer tout le monde, toujours plus, toujours ta générosité, nous disions qu’il fallait faire des choix, mais tu n’avais pas envie de choisir… Et tu voulais toujours filmer Cuba, nous disions «commençons par celui-là » et tu répondais « Celui-là, c’est déjà de l’histoire ancienne »…

 Il y a eu cette dernière rencontre, fin août, le 31, tous les quatre, Stéphanie, Bernard, toi et moi. Sur mon agenda, j’ai écrit « 14h30 : RV Alain & cie ».

La compagnie s’est assise à l’ombre, dans le jardin de la Clinique, pendant cette chaude journée d’août… tu parlais moins, tu écoutais un peu, puis par moments ton regard d’évadait… Tu étais très fatigué, mais tu as souri lorsque j’ai dit que je ne voulais pas pour uniques personnages dans ce film des cadres parisiens déplacés professionnellement à Marseille, ou des fondus de soleil à la recherche d’un climat idéal… Et pourquoi pas un coup de foudre ? Une rencontre amoureuse, qui te secoue, qui te déplace, celle qui te fait tout quitter du jour au lendemain, pour rejoindre l’autre, 800 Km plus bas… Alors tu t’es mis à nous raconter une histoire, une histoire personnelle d’amour et de rencontre…

Ce jour-là, tu as donné à Bernard un recueil de tes notes sur le film, délicatement relié, « à l’ancienne », avec du fil à coudre… Ces notes, nous les avions déjà en notre possession, sous une forme ou sous une autre. Ce n’est que plus tard que j’ai compris la portée du geste. Tu investissais Bernard du film à faire.

Sans toi. Mais avec toi.

Ce dimanche 13 septembre, tu es parti. Et ce samedi 19, nous t’avons accompagné entre deux averses. Sale temps.

 

Alexandre Cornu